Samedi 11 juin 2005

Piégée ? !

Vous êtes tellement libre dans ce filet de mots que j’ai du mal à ne pas en être ridicule ! Vous n’avez répondu à aucune de mes questions et avez choisi la vôtre. C’est moi qui suis piégé, condamné à la réplique si je souhaite poursuivre mes chimères.

Mais vous avez été injuste : je ne comptais pas vous bouleverser en chantant « les passantes », j’aspirais simplement à déployer devant vous les motifs qui m’esquissent. 

Peut-être m’avez-vous cru léger, léger et malhonnête, spammeur de lettres d’amour au petit bonheur la probabilité, arnaqueur à la passion Arlequin ? 

 

Je vais tenter une dernière fois de distiller un peu de marbre dans le portrait que vous allez vous faire de moi.

Emma, avez-vous goûté à la vie raccourcie,  avez-vous cru votre existence soufflée en un instant pour vous la voir rendue alors que vous n’espériez plus ? Avez-vous déjà senti votre destin remisé aux soubresauts incohérents de la contingence la plus amorale ? Avez-vous été cognée jusqu’à bramer sans conscience votre survie dans l’épaisseur des bulles de sang ?

La suture est une deuxième chance : elle laisse la plaie en pense-bête à celui qui vivait aux corneilles, remettait à demain les errances d’aujourd’hui. Sous ma peau fendue, j’ai vu vivre quelqu’un.

Je ne reviendrai pas d’entre les morts, ma raison ne permettrait pas une chose pareille. Alors, c’est maintenant que je cours au plaisir ou à la déception. Les regrets ne morfondront que ma poussière. Il y a des chances que l’on laisse filer, et des malchances que l’on brode. J’ai donc choisi : des corps à ignorer, à parer des avantages de l’inconnu, il y en aura encore tellement que je veux aller au devant de ce qui frémit.

Et c’est ainsi que les tartes aux pommes prennent des saveurs insoupçonnées. Et que l’on goûterait bien celle des autres.

Et puis vos dieux, gardez-les, espèce de superstitieuse, je m’en contrefiche !

 

Mais Emma, je veux vous lire et vous relire, épuiser de vous jusqu’à la plus idiote de vos conversations. Parce qu’à part vivre qu’y aurait-il donc d’autre à faire ?

 

Parlez-moi de la mort, je vous en prie.

Ou peut-être pourriez-vous m’enseigner quelque chose ?

 

Samuel

 

PS : 2ème  indice : si vous m’avez vu, vous ne m’avez pas regardé, je vous suis inconnu. De nom comme de visage.

 

 

 

Par Samuel - Publié dans : correspondance
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