
Puisque j’ai la plume libre à en avoir des ailes, je vais la faire colère monsieur. Votre dernière missive ne me convient pas à l’entendement, et je vous avoue avoir eu les dents grinçantes.
Que savez-vous de moi pour prétendre connaître les branches auxquelles je m’accroche ? Je suis loin d’avoir cru une seconde aux chaussures de vair, aux chevaux blancs ou aux baisers qui sauvent des poisons. Me voilà bien vexée d’avoir été lue comme une enfant mouillée de chagrin. Encore plus d’avoir été rangée dans un cliché si loin de ce que je pensais avoir dit.
Nous voilà donc la preuve du propos.
Êtes-vous bien sûr que je sois prisonnière de comptines rêvées ? Ou est-ce vous qui tournez dans une geôle d’images trop récitées ? Ni l’un, ni l’autre, à n’en pas douter. Mais voilà déjà le début des malentendus précédemment évoqués.
Ce qui me déplaît au plus haut point n’est même pas votre lecture dirigée. Peu m’importe au fond, je n’attends rien de vous et me décevoir est un objectif que vous ne pouvez encore atteindre. En revanche je m’exaspère aux analyses à l’emporte pièce qui dénient la valeur de ce qui a été vécu, compris ou gagné. Je n’ai mal à aucun rêve monsieur mais à la réalité. Et il me semble que vous ne faites que répéter ce que j’avais émis : « rien ne sera sinon pareil ».
Chez vous cela porterait le nom de « lucidité », et chez moi de « fatalité » ? Et à quel titre je vous prie ?
Cessez également le présupposé ancestral qui voudrait que femme attende fusion. J’ai croisé bien des hommes dans ma vie qui n’avait rien à envier à cette folie là et j’ai refusé plusieurs fois ce suicide consenti.
Enfin croyez bien que je ne gémis jamais, sûrement pas assez d’ailleurs. Subir est ce que j’abhorre par-dessus tout et je suis loin d’avoir le profil de victime. Mais également loin de détenir celui de bourreau. Voilà sûrement le problème, les relations ayant une appétence à devoir se construire au moins infinitésimalement ainsi.
Ce n’est donc pas d’une « histoire idéale » dont je souffre. Mais d’une « histoire différente ».
Je ne pourrais qu’être étonnée de dire un jour « Je ne t’attendais pas », « Je ne savais pas que tu existais ». Parce que justement je n’y crois pas. Mais jamais, ô grand jamais, je ne suis susceptible d’être à l’origine d’un « Où étais tu ? » ou d’un « Je t’ai cherché ». Je suis à l’opposé.
Alors bien évidemment que la grâce aura à nouveau des moments, que mon corps repu soupirera d’aise à la lueur de bougies, que j’aurai le sourire avec le vague dans les yeux. Bien sûr. Mais bien évidemment aussi qu’une chute sera à balayer, un deuil à faire, avant que de recommencer encore.
De votre lettre je n’aime que l’anecdote médicale. Je la trouve terriblement juste et atrocement universelle. Alors oui mon doigt est sûrement cassé, mais le vôtre aussi, ainsi que celui de tous nos autres, amis, ennemis, amours… La pensée d’un univers qui se désigne en grimaçant de douleur me fait presque sourire en fait. Il y a dans mon exagération un quelque chose qui répondrait à bien des choses.
Je ne me permettrais pas de juger votre juillettisme de tristement commun. Vous faites ce que vous voulez. Ou ce que vous pouvez. Mon employeur, quant à lui, a fermé ses portes jusqu’à la semaine prochaine. Mais vous devez le savoir puisqu’il n’a pas de mystère pour vous. Je n’aime pas les plages pléthoriques et suffocantes. Je profite donc avec délice de la capitale désertée. Et des nuits enfin blanches à souhait.
Si par ivresse votre tornade vous a chaviré, par pitié épargnez-moi le chapitre avec la mièvrerie pour style. Vous m’agaceriez définitivement. Soyez narratif, analyste ou simplement heureux. J’ai beaucoup de mal à lire les maquillages d’Arlequin.
Vous l’aurez peut-être enfin compris.
Emma B.
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Je reste abasourdie. J\\\'ai tapé sur Google "rien ni personne ne sera jamais à la hauteur de mes attentes", comme si le cri clavier de ce désaroi pouvait faire naître un démenti en écho . Et voici que se déroule sous mes yeux un échange vieux d\\\'un an, à moins que la date soit eronée, dont chaque mot me crochette les synapses. Le trouble est d\\\'autant plus intense que je n\\\'ai pas la moindre idée du site où je me trouve et de la nature de cet échange. Mais déjà mon creux s\\\'est adouci, rempli d\\\'une nouvelle attente : à nouveau suivre ces deux porteurs d\\\'eau fraîche sur leurs routes intérieures. J\\\'avais oublié qu\\\'il existait à l\\\'arrière de nos cours de si rassasiants échos. A vous lire j\\\'espère, Emma et Samuel.
Lucile